Le Wall Street Journal l’a appelé Nicolas Le Pen. Comme Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National, parti d’extrême droite. Ou comme Marine Le Pen, candidate actuelle du même parti. Ce serait l’aboutissement de la droitisation de Nicolas Sarkozy, autrefois candidat de la droite normale. Mais cet aboutissement cache des mois et des mois de virages toujours plus à droite de la part de l’UMP, le parti de l’actuel président-candidat français.
Premier de ces nombreux virages : le débat sur la viande halal. Il est plutôt né de Marine Le Pen, puis habilement repris par Claude Guéant, sorte d’électron libre qui se balade entre la droite traditionnelle et l’extrême droite. Un homme de petite taille, avec des lunettes, souvent habillé en survêtement UMP. Claude Guéant disait, début mars : « Accepter le vote des étrangers, c’est la porte ouverte au communautarisme. Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent obligatoire la nourriture halal dans les repas des cantines ». Avec un talent digne de l’extrême droite, il a su lier la peur de l’étranger, qui ne doit surtout pas voter, et les traditions culturelles, qu’il utilise comme instrument de stigmatisation.
Autre énorme virage : la renégociation du traité de Schengen. Ces accords de libre circulation des personnes et des marchandises au sein de l’Union Européenne ont été signés en 1985. Autant dire que le principe est bel et bien consolidé en Europe. Or, comme le faisait remarquer le candidat centriste François Bayrou, « remettre les barrières, les postes aux frontières et les douaniers entre la France et l’Espagne, la France et l’Italie, la France et l’Allemagne… c’est un fantasme, évidemment ça n’existera pas ! » Car le pays ne peut pas se payer le luxe de réinstaller des frontières.
Les deux montrent que la droite traditionnelle partage une zone d’ombre avec l’extrême droite. Cela est avant tout un signe évident de malhonnêteté vis-à-vis des électeurs, qui devraient avoir le droit de choisir une droite libérale et conservatrice sans être xénophobe. Ils devraient aussi avoir le droit à des propositions sensés, qui font partie des idées du candidat. Ces idées qui sont à retrouver par la suite dans une formation politique. Mais des idées, et pas seulement des propositions qui déclenchent les applaudissements ou qui font courber les sondage vers le haut. Pas seulement des coups électoraux mais des changements réfléchis auxquels le candidat croit le premier.
Cette campagne est la terre des amalgames : droite et extrême droite, gauche et extrême gauche… Tout cela pour ramener des voix de plus. Qui va s’en apercevoir ? Qui aura le courage de se lever et de réclamer une arène politique imbibée d’idéologie ?